Ferdinand Porsche s’en va en guerre

Kubelwagon, Schwimmwagen, Panzerjaeger Elefant

Texte : Denis Duquet

· Histoire automobile
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Ferdinand Porsche est un homme controversé. Ingénieur de génie, il a développé la première voiture hybride appelée Löhner-Porsche au début du siècle dernier, pour ensuite poursuivre sa carrière et développer, entre autres, la légendaire Volkswagen Beetle. Une immense usine destinée à la production de cette voiture du peuple a été érigée à Wolfsburg. Mais, pendant la guerre, alors que Porsche était directeur général de cette usine, on y a produit des moteurs d’avion BMW, des mines, réparer les bombardiers Stuka JU-88 en plus d’assembler les fusées V1 dans les mois précédents la fin de la guerre.

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Il est donc logique que ce soit dans cette immense usine que l’on passe de la production de la voiture du peuple en véhicule militaire, le Kubelwagen que Porsche a développé à partir de la Beetle. Ses formes très caractéristiques l’ont rendu aussi célèbre que le Jeep américain. Bien entendu, on a réalisé de multiples versions de ce véhicule aussi bien en fait d’équipement, que de motorisation. Une version amphibie, appelée Schwimmwagen a également été produite et a connu énormément de succès. Sur ce modèle, les portes étaient soudées afin d’éliminer la pénétration d’eau et sa vitesse sur l’eau était de 10 km/h, pour autant qu’il n’y a pas de vague.

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Kubelwagon

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Schimmwagon

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Kubelwagon

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Schwimmwagon

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La Volkswagen se prête à de multiples modifications

Détail intéressant, la majorité de ces versions était propulsée par un moteur de 1,1 litre refroidi à l’air, situé à l’arrière, comme sur la berline. Ces caractéristiques ont été fort appréciées sur les modèles destinés à l’Afrika Corp du Maréchal Rommel. Équipés de pneus spéciaux, de filtres à l’air plus efficaces, ils étaient mieux acclimatés aux conditions du désert que les véhicules britanniques dont les moteurs refroidis par liquide avaient tendance à surchauffer. De plus, le fait que le moteur soit au-dessus des roues motrices arrière était un atout dans le sable.

Au fil des années, de multiples versions ont été développées pour servir d’ambulances, de véhicules de communication, de centre de commandement et on a même concocté une version spéciale qui ressemblait à un petit char d’assaut afin de décevoir l’ennemi. On a même réalisé quelques versions avec des chenilles et un armement plus lourd.

À souligner, l’une des tâches qui ont préoccupé les ingénieurs était de trouver un engrenage qui permettait aux véhicules de rouler à une vitesse de 4 km/h , soit la vélocité d’un fantassin en marche.

Les formes du Kubelwagen sont uniques et après la guerre, plusieurs véhicules ont été transformés pour la vie civile. Volkswagen a même commercialisé un modèle appelé « The Thing» qui a connu un certain succès avant d’être interdit de vente en Amérique en raison de sa sécurité aléatoire.

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The Thing

Un monstre

Il faut savoir que Porsche était à la tête d’une entreprise d’ingénierie dépendant des contrats du gouvernement et de l’armée pour subsister. La gestion de l’usine Volkswagen était l’un des contrats et la production du Kubelwagen et ses variantes en étaient une autre. Impressionné par les résultats obtenus par Porsche dans différents projets, Adolf Hitler en personne appréciait beaucoup le versatile ingénieur.

L’armée a établi un concours entre la compagnie Porsche Gmbh et la compagnie Henschel pour développer un char d’assaut Tiger. C’est cette dernière entreprise qui a obtenu le contrat. Mais puisque la compagnie Porsche avait déjà construit 100 châssis dans ce projet, on a décidé de le modifier et d’y installer un canon de 88 mm nouvellement développé. En plus, on a ajouté des blindages qui ont porté le poids du véhicule à 65 tonnes ou 143 000 livres.

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Tank Tiger Enschel avec tourelle Porsche

Ce tank dont le nom original était Panzerjaeger Ferdinand avait pour mission de détruire les chars ennemis avant que ceux-ci soient en mesure de répliquer. C’était un véhicule très lourd, dont les dimensions rendaient difficiles à déplacer soit par chemin de fer ou camion. En tout, 90 exemplaires ont été construits de ce mastodonte.

Mais la caractéristique la plus intéressante de cette arme de guerre est sa motorisation. En effet, il s’agissait d’un moteur hybride associant deux moteurs Maybach HL120 produisant chacun 296 chevaux. Chacun de ces moteurs était relié à une génératrice Siemens de 230 kW qui animait un moteur électrique relié au rouage d’entraînement. En fait, cela ressemble plus ou moins aux locomotives diesels-électriques mises au point par General Motors il y a plusieurs décennies. Ce groupe propulseur avait une consommation de 667 litres aux 100 km et une vitesse maximum de 10 km/h hors route est de 30 km en sur la route.

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Panzerjaeger Ferdinand

Ce char d’assaut était appelé Ferdinand en raison de son concepteur mais son appellation officielle par la suite fut Elefant. Ses dimensions et son poids rendaient son transport et son remorquage en cas de bris très difficile. De plus, de nombreux problèmes mécaniques survenaient lors des opérations et sa carrière a été très courte, environ 16 mois. C’est surtout à la bataille de Koursk que sa puissance a été efficace alors qu’il pouvait détruire un char ennemi à plus de 3 km. Cependant, ses dimensions encombrantes et sa fragilité mécanique ont été un handicap constant.

 

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Panzerjaeger Elefant

L’après-guerre

Une fois le second conflit mondial terminé, les Français ont interné Ferdinand Porsche pour crimes de guerre. Parmi les conditions des Français pour le libérer, c’était qu’il contribue à la conception d’une nouvelle voiture. Mais plusieurs prétendent qu’il y a plus de rumeurs que de vrai dans cette affirmation. Mais, pour plusieurs, la légendaire Renault 4 cv serait en bonne partie le fruit du travail de l’ingénieur allemand.

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Renault 4 cv

Par la suite, une fois libéré, avec son fils Ferry, ils ont débuté la production de voitures de sport reconnues pour leur légèreté, leur robustesse ainsi que de multiples succès en course automobile. Il faut souligner qu’au début, les voitures Porsche utilisaient plusieurs composantes produites par Volkswagen. D’ailleurs, de nos jours, Porsche fait partie du groupe automobile Volkswagen AG et est l’une des filiales les plus lucratives. Quant à Ferdinand Porsche, il est décédé en 1951. Ferry a continué à développer la compagnie et c’est son petit-fils Ferdinand Piech qui a développé les Porsche modernes que l’on connaît aujourd’hui.

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Porsche 356

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Ferry Porsche